WhatsApp fait face à de sérieuses pressions réglementaires en Inde, où il compte la plus grande base d’utilisateurs au monde. Les lignes directrices, publiées par l'administration de New Delhi à la fin du mois dernier et partagées avec le public ce mois-ci, pourraient conduire à des changements radicaux dans le fonctionnement de l'application tant pour les utilisateurs individuels que pour les petites entreprises.
Selon les instructions publiées, les services de messagerie basés sur des applications, y compris WhatsApp, doivent maintenir les comptes constamment liés à une carte SIM active et imposer des contrôles plus stricts sur l'utilisation entre appareils. Le gouvernement indien affirme que ces mesures ont été prises pour empêcher l’augmentation des incidents de cyberfraude. Cependant, les défenseurs des droits numériques, les experts du secteur et les organisations représentant les entreprises technologiques, dont Meta, préviennent que ces règles pourraient aller au-delà des limites légales et avoir un impact négatif sur les utilisations légitimes.
WhatsApp se concentre sur la fidélisation des utilisateurs plutôt que sur la croissance en Inde
Selon ces nouvelles règles entrées en vigueur le 28 novembre, les applications de messagerie devront rester connectées à la carte SIM utilisée lors de l'inscription. Ceux qui utilisent les versions Web et de bureau des applications devront se déconnecter toutes les six heures et se reconnecter en scannant le code QR. Le ministère indien des Télécoms déclare que cette méthode facilitera le suivi des cartes SIM associées à la fraude et à la fraude. Selon le ministère, les pertes dues à la cyber-fraude ont atteint 228 milliards de roupies (environ 2,5 milliards de dollars) rien qu'en 2024.
Les nouvelles réglementations pourraient avoir un impact particulièrement important sur la base d'utilisateurs de WhatsApp, qui compte plus de 500 millions de personnes en Inde. Selon les données de Sensor Tower, 94 % des utilisateurs de WhatsApp en Inde ont ouvert l'application chaque jour en novembre. Ce taux était de 67 % pour les utilisateurs de WhatsApp Business. Ces tarifs montrent à quel point l'application est devenue essentielle pour la communication et le commerce quotidiens du pays.
La plupart des petites entreprises utilisant WhatsApp Business installent l'application sur un smartphone enregistré avec une carte SIM, puis gèrent les communications clients via des clients Web ou de bureau. Le couplage obligatoire de la carte SIM et les déconnexions fréquentes qui accompagnent les nouvelles règles peuvent sérieusement perturber ces flux de travail. Alors que les grandes entreprises utilisent des systèmes CRM intégrés via l'API WhatsApp Business, les petites entreprises communiquent avec leurs clients via une interaction manuelle directement via le client Web. Les nouvelles réglementations risquent de rendre ce modèle inefficace.
Bien que le nombre d’utilisateurs de WhatsApp continue de croître en Inde, la dynamique de croissance a changé. Selon les données de Sensor Tower, le nombre d'utilisateurs mobiles actifs en Inde a augmenté de 6 % sur un an au quatrième trimestre 2025. Cependant, au cours de la même période, le nombre de téléchargements d'applications a diminué de 49 %. Par rapport à fin 2022, le nombre d’utilisateurs actifs a augmenté de 24 pour cent, tandis que les téléchargements ont diminué de 14 pour cent. Cela révèle que l'application avance avec une stratégie consistant à fidéliser les utilisateurs existants plutôt qu'à en gagner de nouveaux.
Dans cette optique, l’application WhatsApp Business a enregistré plus de premières installations en Inde depuis le début de 2024 que l’application principale WhatsApp Messenger. Selon les données d'Appfigures, cette augmentation est principalement due à l'adoption de la plateforme par les petites et moyennes entreprises. De nombreux propriétaires d'entreprise en Inde utilisent différents comptes WhatsApp pour leurs communications personnelles et professionnelles, et cette structure est souvent prise en charge par les téléphones dotés de deux cartes SIM. Les installations réalisées pour différents employés ou appareils d'une même entreprise augmentent également le nombre total d'installations.
Selon Sensor Tower, le nombre d'utilisateurs actifs mensuels de WhatsApp Business en Inde a augmenté de plus de 130 % par rapport à 2021. Ce taux est nettement supérieur à la croissance d'environ 34 % de WhatsApp Messenger au cours de la même période. Alors que WhatsApp reste en tête en termes de temps d’utilisation – les utilisateurs en Inde ont passé en moyenne 38 minutes par jour sur l’application en novembre, tandis que les utilisateurs de WhatsApp Business y ont passé 27 minutes – la situation est différente aux États-Unis. Là, les utilisateurs de WhatsApp Business sont en avance sur l'application principale avec une moyenne de 27 minutes.
Au milieu de tous ces développements, les représentants de l’industrie en Inde s’interrogent également sur la viabilité de la réglementation. Le Broadband India Forum (BIF), dont Meta est membre, a déclaré la semaine dernière dans un communiqué que les nouvelles règles pourraient entraîner « de graves interruptions de service et des difficultés d'utilisation » pour les utilisateurs ordinaires.
D’un autre côté, les nouvelles réglementations indiennes ont également une base juridiquement controversée. Les nouvelles règles classent les applications de messagerie directement comme entités d'utilisateurs d'identité de télécommunications (TIUE), ce qui soumet ces services, traditionnellement réglementés par la loi sur les technologies de l'information, à la législation sur les télécommunications. Selon Kazim Rizvi, fondateur du groupe de réflexion The Dialogue, basé à New Delhi, ces règles ont été créées sans processus démocratique ni consultations techniques, car elles n'ont été mises en œuvre que par des décisions administratives plutôt que par des lois.
Bien que le ministère indien des Télécoms ait refusé de commenter la question, les experts affirment qu'il est très difficile pour des entreprises comme Meta d'engager des poursuites judiciaires contre ces réglementations. Pour mener une bataille juridique, il faut des arguments solides, comme par exemple que les règles dépassent le cadre juridique existant ou violent les droits constitutionnels. Mais dans la situation actuelle, ce seuil est assez élevé.